Accentuation de la sécheresse estivale: le cas de la Suisse occidentale

1). Introduction. Dans le cadre de l’étude sur le climat CH2025, la Confédération (MétéoSuisse et ETHZ) prévoit l’évolution des précipitations dans les diverses régions de Suisse, en fonction de divers scénarios climatiques liés aux émissions de GES(*). Concernant les précipitations, l’évolution s’exprime en pourcentage de variation par rapport aux valeurs de la période de référence 1991-2020, figure 1. Le modèle ne donne pas de dates, mais des valeurs de hausses de la température moyenne globale. Par exemple selon le scénario d’émission GWL1.5(**), le modèle donne les variations de précipitations lorsque la planète aura atteint une température moyenne supérieure de 1,5°C à la température de la période de référence 1991-2020.

Figure 1. Evolution des précipitations dans la région ouest Suisse, selon trois scénarios d’évolution du climat différents: augmentations de la température globale de 1,5°C, 2,0°C et 3,0°C par rapport à 1991-2020

Dans la figure 1, les barres colorées verticales représentent la dispersion des résultats obtenus par les différents modèles utilisés dans la prévision, en ne gardant que l’intervalle compris entre 5% et 95% des valeurs obtenues. Cela signifie, par exemple pour l’été, selon le scénario GWL3.0, que 90% des modèles indiquent une variation des précipitations comprises entre environ +8% (une augmentation des précipitations) et -22% environ (une diminution des précipitations). Le trait horizontal foncé représente la valeur centrale (la médiane) obtenue, soit dans ce cas environ -9%. L’incertitude est donc relativement grande pour ce scénario. On remarque que généralement les précipitations, selon la médiane des divers modèles, devraient augmenter en chaque saison et annuellement, seul l’été verrait une baisse des précipitations.

Peut-on voir maintenant une tendance dans les précipitations estivales ? Sont-elles en baisse ? Le changement climatique est en cours depuis le début de l’ère industrielle, donc on devrait voir quelque chose. Pour cela nous avons calculé les précipitations estivales moyennes (juin, juillet et août) pour les stations MétéoSuisse de Genève et Longirod, dans l’ouest de la Suisse, pour la période de 1900 à 2026. Ces stations ont été sélectionnées car les valeurs mesurées ont été statistiquement révisées et homogénéisées et présentent donc une qualité adéquate se prêtant à une analyse sérieuse.

2). Examinons tout d’abord la situation de Genève.

Figure 2. Evolution des précipitations à Genève, altitude 381 m et 411 m, période 1900-2026. Données de MétéoSuisse. En traitillés, droite de régression linéaire.

Nous avons superposé aux données une droite de régression linéaire (dont l’équation est affichée en haut à droite du graphique). Il est clair qu’il s’agit d’une simplification, les changements se faisant plutôt par palier. Selon ce modèle linéaire, les précipitations sont en diminution, d’environ 1,26 mm tous les 10 ans, pour la moyenne sur les trois mois estivaux de juin, juillet et août. Donc cela fait une diminution totale de 3,8 mm tous les dix ans en été. Cela ne paraît pas énorme, mais en 50 ans cela fait une diminution de 19 mm, ce qui est significatif.

On remarque en regardant attentivement les données qu’il semble y avoir une accélération de la diminution des précipitations depuis le début des années 2000. Si l’on fait un zoom sur les années de 2000 à 2026, cela donne une évolution très marquée:

Figure 3. Evolution des précipitations à Genève, période 2000-2026.

sur ces 27 années, le modèle linéaire donne une diminution de 15 mm tous les 10 ans (équation en haut à droite), soit 45 mm sur le total estival. S’agit-il simplement d’un palier qui sera suivi rapidement d’un ralentissement ou d’une dégradation qui se prolongera à la même vitesse pendant des décennies ? C’est sans doute plutôt un palier, car si cela continuait au même rythme, on atteindrait des précipitations estivales proches de 0 mm d’ici 30 à 40 ans, ce qui n’est pas prévu par les modèles cités plus haut. En effet, pour Genève, la moyenne 1991-2020 qui sert de référence, est établie à 81,2 mm. Si l’on applique une diminution maximum de 22% sur ce nombre, c’est à dire dans un monde global à +3,0°C, cela donne encore 63,3 mm en moyenne l’été. On ne sait pas encore quand interviendra ce seuil, mais vraisemblablement pas dans 30 à 40 ans.

D’autre part, une évolution à plus long terme comme celle que l’on peut calculer avec les données de la figure 1, soit 0,126 mm de moins chaque année, en partant de 81,2 mm en 2005 (milieu de la période 1991-2020), donnerait une durée d’environ 140 ans pour atteindre le seuil de 63,3 mm, ce qui est vraisemblablement et hélas plus éloigné que ce que sera l’évolution réelle.

Par conséquent et en conclusion, l’évolution de la période 2000-2026 est sans doute un épisode particulier de forte diminution des précipitations, qui devrait être suivi par un ralentissement. Bien sûr cela reste à vérifier.

3). Situation de Longirod. Pour compléter le cas genevois, voyons si l’on peut retrouver les mêmes évolutions ailleurs dans la région ouest Suisse.

Figure 4. Evolution des précipitations à Longirod, au pied du Jura, altitude 894 m, de 1900 à 2026. En traitillés, droite de régression linéaire.

On retrouve une évolution tout à fait identique à Genève, bien qu’un peu plus marquée à la baisse, soit une diminution selon un modèle linéaire, de 4,1 mm tous les dix ans, pour la moyenne juin-juillet-août.

Comme à Genève, l’évolution sur la courte période de 2000 à 2026 montre une diminution conséquente:

Figure 5: évolution des précipitations à Longirod, période 2000-2026.

mais moins marquée qu’à Genève, avec « seulement » 12 mm de diminution en moyenne estivale tous les 10 ans ou encore 36 mm de moins au total sur dix ans toujours.

4). Conclusion de l’article. Nous montrons en examinant les données de précipitations de deux endroits en suisse occidentale la tendance à la baisse sur le long terme des précipitations estivales (juin, juillet et août), comme cela est attendu par les modèles d’évolution du climat. Cette diminution a déjà commencé et n’est sans doute pas linéaire. Depuis le début des années 2000 jusqu’à cet été y compris, on observe une accélération de cette diminution, qui est vraisemblablement un événement transitoire et qui devrait être suivi par une diminution plus modérée, en accord avec les modèles et scénarios d’évolution du climat.

Notes

(*) GES: gaz à effet de serre

(**)GWL: global warming level, niveau de réchauffement global