Evolution de l’enneigement à Montricher: le rôle de la température
L’idée de cet article est de faire le lien entre les chutes de neige(*) totales de l’hiver et la température moyenne durant la période correspondante. Un lien de causalité existe bien sûr mais il ne suffit pas à expliquer les variations d’enneigement d’un hiver à l’autre, la quantité de précipitations intervenant également.
Dans le graphique, nous avons représenté l’évolution de la hauteur de neige fraîche hivernale à Montricher, 768 m d’altitude, pour les 23 hivers allant de l’hiver 2003/2004 à l’hiver 2025/2026 (axe vertical de gauche, courbe en traitillés). Ces données sont issues de nos propres mesures. En parallèle à ces mesures, nous représentons également les données de la température standard moyenne de l’air des six mois allant de novembre à avril, pour chacun des hivers, pour la station météosuisse de Genève-Cointrin, 381 m d’altitude (axe vertical de droite, courbe pleine). Le choix de cette station a été fait car nous n’avons pas de mesures de la température à Montricher et les données de météosuisse sont fiables et ont été statistiquement contrôlées. Ce qui nous intéresse ici n’est pas la température absolue, qui est bien entendu très différente entre les deux endroits, mais les variations de cette température, qui sont bien représentées avec les données de Genève. Genève est à environ 40 km de Montricher, dans une position d’abri au pied du Jura assez semblable. Donc nous faisons l’hypothèse que les variations à Genève et Montricher sont très proches, au moins qualitativement.

La première chose que l’on constate, c’est une sorte de miroir entre les deux courbes: une augmentation de la température moyenne hivernale correspond à une diminution de la quantité de neige tombée au cours de l’hiver. C’est frappant pour les hivers 2006/2007, très doux et très peu enneigé et 2012/2013, frais et très enneigé. Cette observation se traduit mathématiquement par un coefficient de corrélation négatif entre les deux grandeurs pas trop éloigné de 1, la valeur maximale. Ce que l’on observe aussi, c’est la lente augmentation de la température moyenne hivernale, qui passe de 4,5°C-5°C en début de période à environ 6,5°C 23 ans plus tard. C’est une hausse considérable, de l’ordre de 1°C par décennie. Pour l’enneigement ont peut distinguer une première période avec les hivers jusqu’à 2012/2013 inclus, où l’enneigement moyen est de l’ordre de 150 cm par hiver, et le reste de la séquence, avec un décrochage et une moyenne plus proche des 100 cm (voire encore nettement moins pour les quatre derniers hivers de la série).
Ces résultats montrent l’ampleur de l’évolution actuelle du climat.
(*) la neige fraîche est mesurée sur une planche horizontale disposée à la surface du manteau neige ou directement au sol, tous les matins entre 6h00 et 7h00. Suite à la mesure, la planche est débarassée de la neige et on attend 24 heures pour la mesure du jour suivant. C’est la somme de toutes ces mesures journalières qui donne la hauteur de neige totale de l’hiver.
Article actualisé le 13 août 2026